Entretenir ses haies et valoriser le bois
Tirer parti de la ressource ligneuse d’une bande boisée, tel était l’objectif de deux journées techniques Agrof’Île dans la Seine-et-Marne.
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Alexis Clogenson, agriculteur à Clos-Fontaine, en Seine-et-Marne, compte sur son exploitation céréalière près de 5 ha de bois ainsi que des haies. « Jusqu’à maintenant, je n’utilisais que les arbres tombés à terre par les coups de vent pour le chauffage au poêle de deux maisons, soit environ 30 à 40 stères au total par an », explique-t-il.
Éviter d'acheter du bois d’œuvre
« Désormais, en plus du chauffage, je souhaiterais davantage valoriser le bois. à court terme pour monter des parcs pour animaux, à plus long terme pour l’entretien de nos bâtiments plutôt que d’acheter du bois d’œuvre, comme des planches, mais également pour construire des cabanes que je pourrais louer à la nuit. »
Les efforts de l’agriculteur se concentrent d’abord sur une bande boisée de 20 mètres de largeur et 200 mètres de longueur, située entre deux parcelles, dont les services rendus sont reconnus : effet brise-vent, réduction de l’érosion des sols, lessivage limité des nitrates et pesticides vers les nappes, biodiversité favorisée, stockage du carbone…
MAEC Haies en sursis
Olivier Jacqmin, paysagiste et sylviculteur indépendant, est intervenu lors de deux journées techniques organisées par l’association Agrof’Île sur la gestion sylvicole des haies matures. « Dans cette bande boisée, qui n’a pas connu d’entretien depuis au moins quarante ans, nous avons marqué certains arbres à conserver, propices à la production de bois d’œuvre (menuiseries et charpentes), notamment des chênes et des frênes assez gros et droits », indique-t-il.
« Pour le reste, je recommande le recépage, donc la coupe rase, notamment des robiniers dont le bois imputrescible servira à façonner des piquets pour les futurs parcs à cochons et moutons de l’exploitation. La coupe rase de taillis, tout en maintenant des réserves, peut faire peur car la physionomie de la haie change, mais c’est bénéfique pour renouveler les structures arborées qui vieillissent. Au printemps, la repousse des rejets des souches et des drageons issus des racines des robiniers sera très vigoureuse : ils peuvent grandir de trois à quatre mètres la première année. »
Il faudra ensuite recruter de nouveaux baliveaux (jeunes arbres droits et vigoureux) pour favoriser le renouvellement des réserves destinées à produire des bois d’œuvre. Les arbres arrivés à maturité seront prélevés, et le taillis recépé à nouveau. « Après la coupe, il faut être attentif à la croissance du taillis pour ne pas qu’il étouffe les jeunes semis devant assurer le renouvellement, souligne Olivier Jacqmin. Certains brins du taillis seront par conséquent coupés à mi-hauteur, par économie du geste et efficacité de l’action. »
Les espèces recépées (érables champêtres, sycomores et planes, frênes, ormes…) serviront pour le bois de chauffage, sauf les branches au diamètre inférieur à 10 cm qui napperont le sol de la coupe (pour protéger les repousses des prédateurs notamment) et seront disposées en lisière pour limiter les intrusions de cervidés. À noter que l’engagement sur cinq ans dans la MAEC (1) Biodiversité-entretien durable des éléments ligneux, qui finançait 0,80 €/mètre linéaire par an, serait en sursis.
(1) Mesures agroenvironnementales et climatiques.
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